Comment expliquer la différence d’espérance de vie en bonne santé à 65 ans entre la France et la Suède

Nous vivons de plus en plus longtemps, mais vivre plus longtemps ne veut pas nécessairement dire vieillir en bonne santé. L’espérance de vie en bonne santé ou l’espérance de vie sans incapacité est un indicateur du vieillissement réussi largement utilisé en Europe. Ce concept a été remis au-devant de la scène en France sur les débats de l’indexation de l’âge de la retraite sur l’espérance de vie en bonne santé. En France les seniors de plus de 65 ans peuvent espérer vivre 11 ans en bonne santé, contre 14 ans en Suède ; cette différence constitue le point de départ de cette étude.
Une telle différence d’espérance de vie en bonne santé est étonnante pour 2 pays démographiquement et économiquement comparables. Ce qui vient à nous poser une question courte et compliquée à la fois : « Comment expliquer la différence d’espérance de vie en bonne santé à 65 ans entre la France et la Suède ? ». L’espérance de vie en bonne santé est un indicateur composé à l’aide de l’espérance de vie ainsi que de l’incapacité.
Nous avons donc mis en évidence les déterminants de l’espérance de vie , grâce aux données de l’OCDE. Puis nous avons mis en lumière les déterminants de l’incapacité grâce aux données de l’enquête européenne SHARE avec ces données individuelles. Nous avons mis en avant les profils type des personnes en incapacité et avons mis en place un modèle afin de comprendre l’amplitude de l’effet des variables explicatives que nous avons utilisées sur le risque d’être en incapacité. Enfin nous avons utilisé un « Restricted Mean Survival Time » afin de comprendre l’effet de nos variables sur l’âge moyen d’entré en incapacité en contrôlant l’effet de l’âge, du sexe, des revenus et du niveau d’étude.
Concernant l’espérance de vie, nous avons mis en évidence certains déterminants aux effets délétères reconnus comme la consommation de tabac ou d’alcool. Au contraire, la bonne alimentation et un air peu pollué ont des effets bénéfiques sur l’espérance de vie. Des dépenses de santé élevées augmentent aussi l’espérance de vie mais à un certain niveau l’effet marginal décroît. Cependant, si ces dépenses de santé sont à payer directement par le ménage, les dépenses de santé semblent baisser l’espérance de vie. Une protection sociale importante avec un reste à charge faible augmente l’espérance de vie. Si le reste à charge des Français rejoignait le reste à charge moyen des pays de l’OCDE, les Français pourraient perdre 8 mois d’espérance de vie, ce sont d’ailleurs les ménages les plus modestes qui subiraient ce changement.
Pour l’incapacité, la santé mentale semble être la variable qui a le plus d’impact sur le risque d’incapacité. Être en dépression augmente le risque d’incapacité de 70 % et avance l’âge d’incapacité moyen de 2 ans et 5 mois. La santé physique joue aussi un rôle central dans l’incapacité, être en inactivité physique augmente de 45 % le risque d’incapacité et avance l’âge moyen d’incapacité de 2 ans et 2 mois. Au contraire, la pratique d’activité socialisée réduit le risque d’incapacité de 23 % et repousse l’âge d’incapacité de 1 an et 3 mois. Il est important de noter que ces résultats peuvent être inexacts dus à un biais de causalité inverse.
Deux facteurs expliquent la différence d’espérance de vie en bonne santé à 65 ans entre la France et la Suède. La différence d’identification de l’incapacité entre ces deux pays, mais surtout la prévalence des déterminants délétères de l’incapacité est plus élevée en France qu’en Suède. Au contraire les déterminants protecteurs sont plus récurrents en Suède. Ce qui peut probablement s’expliqué par les dépenses élevées et continue en prévention de la Suède ainsi qu’a leur système de paiement de leur médecin généraliste qui encouragerai les médecins à faire davantage de message de prévention.

Lire l’étude

 

 

Partager :